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Biologie - Écologie du Silure. |
Avant-propos – Le silure dans le lac de MessancyLe premier sujet a été introduit lors d’un rempoissonnement en 1988, il mesurait quelque 25 cm. Quelques
années plus tard, deux autres sujets ont été remis à l’eau par un
pêcheur qui les avait capturés dans la Moselle. Ceux-ci mesuraient à
l’époque de 50 à 60 cm. En
juin 1997, soit près de 10 ans après leur introduction, Mr Marcel
Braga de Mont-Saint-Martin (F), capturait en deux jours deux beaux spécimens,
le premier mesurait 1,34 m pour 32 livres et le second 1,32 m pour 30
livres. Après la photo immortalisant un tel exploit, les silures étaient
remis à l’eau et sont toujours présents dans le lac. Cela
fait 8 ans aujourd’hui ! Quelle
est leur taille à présent ? On peut essayer d’imaginer !!!!
Description
Le
silure n’attire pas vraiment la sympathie, avec sa tête énorme,
massive et aplatie, dotée de deux yeux minuscules qui semble vous dévisager
avec gourmandise ! La
gueule, largement fendue, montre deux babillons très longs renforcés
par des cartilages, plantés sur le bord de la mâchoire supérieure,
ainsi que quatre barbillons plus courts situés en position infère sous
la mâchoire inférieure. Il s’agit de véritables organes
chimio-sensoriels qui renseigne le poisson sur tout ce qui l’entoure.
Ils portent des capteurs gustatifs dont la performance n’a rien à
envier à celle des squales, qui permettent de détecter des substances
dissoutes dans l’eau avec une sensibilité un million de fois supérieure
à celle de l’odorat humain. Le
système auditif, très développé, permet de capter les plus infimes
informations acoustiques (ondes, modifications imperceptibles de
pression dans l’eau, vibrations). L’appareil de Weber, aux osselets
soudés, a atteint l’un des plus hauts degrés de perfection observé
chez les poissons. De plus, la vessie natatoire joue un rôle
d’amplificateur et de transmission d’ondes acoustiques. De très
nombreuses cellules olfacto-gustatives sont réparties également sur
tout le corps, et notamment
le long de la ligne latérale. La myopie prononcée du silure n’est
donc pas un handicap. Contrairement au sandre, l’espèce n’a pas développé
une vision adaptée à la pénombre et à la turbidité… elle ne
s’en porte pas plus mal pour autant. Les mâchoires, très puissantes, portent des massifs de dents minuscules, ressemblant à des aiguilles, tournées vers l’intérieur, et qui fonctionnent comme des râpes.
Le
silure présente de nombreuses similitudes avec le poisson-chat.
Pourtant, il n’appartient pas à la même famille, et s’en distingué
notamment par l’absence de nageoire adipeuse. Le corps est long, de
forme serpentiforme, renflé dans sa partie antérieure. Totalement dépourvu
d’écailles, il est recouvert d’un mucus abondant et visqueux. La
nageoire anale, très longue (elle est soutenue par 84 à 92 rayons
mous), n’est séparée de la caudale que par un court espace. Les
nageoires pectorales, déployées en éventail, sont soutenues par 14 à
17 rayons mous et ornées d’un rayon épineux acéré, contrairement
à la dorsale qui en est dépourvue. Le
dos est noir, les flancs sombres à reflets grisâtres sont tachetés de
points noirs et marbrés de plaques jaunes irrégulières. Le ventre est
clair. Les plus gros sujets, capturés en Europe Centrale (Dniepr et Danube), qui constituent des records historiques, mesuraient aux alentours de 5 mètres pour un poids de 300 kg ! Plus couramment, les plus beaux silures que l’on puisse espérer capturer pèsent de 25 à 50 kg. En France, les premières prises ont été enrégistrées dans la Seille, puis en Saône. Ensuite, des captures ont été mentionnées dans le Rhin, la Loire, la Seine, la Moselle, la Dordogne, la Vienne…. Et le lac de Saint-Cassien, dans le Var, avec un spécimen record de 90 kg ! Croissance1
an :
20 cm 4
ans : 50 cm pour 2-3 kg 6
ans : 100 cm pour 6-7 kg Une
autre espèce, silurus aristotelis, en voie de disparition, est confinée
dans la basse partie des fleuve Acheloos, en Grèce. Son poids n’excéderait
guère 10 kg. Habitat Le
silure est plutôt un habitant des fleuves et des rivières à courant
lent, à fond important (5-10 mètres et plus), dont le substrat vaseux
ou sableux est encombré de végétaux aquatiques, d’arbres morts,
d’enrochements. Il recherche les endroits les moins éclairés. Il est
présent dans les grands deltas comme celui du Danube, et il
s’accommode des eaux saumâtres de certains estuaires. On le rencontre sur les rives de la Baltique et de la mer Noire. Il s’acclimate fort bien dans les lacs, étangs et retenues artificielles.
Originaire
d’Europe centrale et orientale, le silure glane serait tout spécialement
abondant en Bulgarie, en Roumanie, en Russie, en Pologne et surtout dans
le delta du Danube. Son
aire naturelle de répartition s’étend depuis le Rhin et le bassin du
Rhône à l’ouest, jusqu’aux eaux tributaires de la Caspienne, de la
mer Noire, de la mer d’Aral (ex !) à l’est. La
Baltique marque sa limite septentrionale (il est présent en Suède et
en Finlande). Au
sud, on le rencontre en Yougoslavie, en Hollande, dans les îles
Britanniques et en France. Dans notre pays, il semble avoir fréquenté les bassins du Rhin et du Doubs depuis des milliers d’années. Son extension se poursuit à l’heure actuelle, et il devrait en toute logique bientôt coloniser tous nos cours d’eau. Régime alimentaireL’un
des aspects les plus étonnants de la biologie du silure est l’éclectisme
de son régime alimentaire. Il s’accommode en effet des proies les
plus diverses, dont le volume n’est pas toujours en rapport avec sa
taille. C’est ainsi qu’un adulte pesant 30 à 100 kg au plus peut
aussi bien filtrer délicatement la vase pour en extraire des
micro-invertébrés que capturer des vers, des amphibiens,des reptiles,
des mollusques, des crustacés (il adore les écrevisses !), des
poissons (brèmes et gardons), des mammifères aquatiques (rats musqués,
ragondins), des oiseaux d’eau (anatidés et autres). Une chose est
certaine, il n’est pas le charognard auquel beaucoup d’auteurs
faisaient allusion, mais bien un grand prédateur. Les
alevins, puis les jeunes de moins de un an se nourrissent surtout
d’invertébrés. Reproduction La
maturité sexuelle est atteinte à l’âge de 4-5 ans chez le silure.
Les pisciculteurs jugent que les meilleurs reproducteurs se situent dans
la classe d’âge qui correspond au poids 15-20 livres, soit 6-10 ans. La
reproduction, tardive, se déroule lorsque la température de l’eau
atteint 20-24°C, jamais au dessous de 18°C, durant la nuit. Elle
s’effectue par couples séparés, de la fin mai au début août selon
les régions, en zones peu profondes encombrées d’obstacles, de
racines, de branchages immergés et autres herbiers aquatiques. La
femelle dépose 20000 à 30000 œufs par kilo dans un nid grossier préalablement
aménagé par le mâle, à l’aide de divers débris végétaux. Les
eaux jaune verdâtre, très adhésifs, ont un diamètre de 1,5 mm. Ils
sont surveillés par le mâle durant toute la durée d’incubation, qui
est de 3 à 10 jours selon la température de l’eau. A leur naissance,
les bébés silures se dispersent pour se dissimuler parmi les végétaux
aquatiques. La reproduction, aléatoire, est tributaire de nombreux facteurs : qualité biochimique de l’eau, biotope adapté, prédation. Les alevins sont en effet très sensibles à la prédation du sandre ainsi qu’au cannibalisme. On estime qu’une ponte réussirait tous les 5 à 10 ans (en effet, l’enduit visqueux et adhésif des œufs peut empêcher une bonne oxygénation qui nuit au développement de l’embryon) et que les pertes enregistrées au bout de la première année s’élèveraient à 95% !
ComportementS’il
semble surtout actif la nuit, ainsi que dans les premières lueurs de
l’aube ou le soir au crépuscule, le silure peut parfaitement chassé
en pleine journée, surtout lorsque le ciel est couvert, sombre, ou que
les eaux sont légèrement teintées suite à une crue. L’expérience
de nombreux pêcheurs qui ont enregistrés plusieurs captures
successives en un laps de temps très bref, sur un même coup, atteste
que le silure n’est pas toujours le prédateur solitaire que l’on
croyait. Il peut évoluer par bancs de 2, 3 voir 10 individus au sein
desquels s’établirait une hiérarchie très stricte fondée sur des
rapports dominant-dominé. Le silure ne se nourrit pas seulement au
fond. De nombreux pêcheurs l’affirment : leurs leurres ont
souvent été attaqués alors qu’ils évoluaient près de la surface.
D’ailleurs, il suffit de se pencher sur des études de contenus
stomacaux -canards colverts, rats musqués ou ragondins- pour en avoir
la certitude. Certains manipulateurs d’appeaux, qui ont failli être mordus au bras par une énorme gueule, peuvent aussi le confirmer, et en ont gardé un souvenir impérissable ! Durant toute la période hivernale, le silure tombe en léthargie en s’enfouissant dans la vase. Gestion - Amenagement Le phénomène silure·
Un
peu d’histoire La brusque (et récente) apparition du silure constitue l’un des phénomènes écologiques des plus extraordinaires de notre siècle en matière de colonisation d’un milieu aquatique. Le 29 juin 1977, un petit encart dans le Courrier de la Saône-et-Loire fait l’effet d’une bombe en plubliant une information étonnante : la prise d’un poisson fabuleux, long de 1,60 m pour un poids de 25 kg, au carrelet, dans un petit affluent de la Seille. L’affaire commençait à tomber dans l’oubli lorsqu’au mois d’avril 1978, une seconde capture est mentionnée, dans la Seille cette fois-ci, d’un spécimen aux mensurations plus modestes (0,80 m pour 3,8 kg), suivie, le 14 février 1979, d’une prise de 11 kg pour 1,22 m. De 1980 à 1987, le nombre (et le poids moyen) des prises augmente sensiblement, cela jusqu’en 1985, où force est bien de constater que la densité des silures dans la Seille est phénoménale ! Les rumeurs les plus fantaisistes commencent alors à courir, entretenues par une presse en mal d’articles à sensations. Parallèlement, de nombreuses captures sont enregistrées dans la Saône, puis dans d’autres fleuves tels que la Loire, la Seine (prise d’un silure le 2 mai 1985 à Levallois-Perret !) et sur le lac de Saint-Cassien, dans le Var, où un pêcheur de carpe anglais, John Allen, met au sec (puis relâche après l’avoir photographié) le plus gros poisson jamais capturé à la ligne en eau douce en France : un silure de 90 kg qui mesurait 2,20m ! Jusqu’en 1988, 2000 silures auraient été capturés, dont plus de 200 par an sur la Seille ! A partir de cette date, on constate une nette régression de l’espèce sur la Seille, le nombre de captures annuelles tombant à 10. On ne peut aujourd’hui savoir si la raison en est une pression de pêche excessive ou (et c’est probable) un juste équilibre trouvé par l’espèce dans son milieu, en relation avec la quantité de proies disponibles. ·
La
situation actuelle Si les populations sur la Seille semblent, sinon en déclin, du moins avoir trouvé un équilibre, l’extension se poursuit dans bon nombre de grands fleuves, notamment la Saône dont la capacité d’accueil est beaucoup plus considérable en raison de la présence de fosses profondes, de fonds envasés et de la longueur même de la rivière. Les rencontres sont de plus en plus fréquentes en Loire, de la Nièvre à la Loire-Atlantique (notamment dans les secteurs réchauffés par les eaux de rejet des centrales nucléaires !), en Moselle, en Seine, en Garonne, en Vienne, en Dordogne. ·
Les
raisons d’une brusque apparition En
l’absence d’études
concrètes, la présence de silures dans nos fleuves demeure un mystère.
Plusieurs facteurs ont contribué à
son apparition : -
Les
introductions clandestines, dont l’exemple bien connu d’un propriétaire
du Doubs qui lâcha en 1966, dans la Saône morte, 20 petits silures de
200 g en déclarant : « On entendra parler de mes silures ! ». -
Des
raisons d’ordre écologique, et notamment les modifications profonde
du biotope : l’extraction des granulats, en dégradant les écosystèmes
aquatiques, a favorisé l’installation de l’espèce par la création
de fosses profondes, l’établissement d’une turbidité permanente,
l’envasement des fonds. Le réchauffement général et
l’eutrophisation des eaux ont également favorisé le développement
de l’espèce.
Impact écologique : de « l’intox » à la réalitéMalgré de nombreuses études entreprises, le silure n’a jusqu’à ce jour fait l’objet d’aucune publication ni rapport officiel concernant l’opportunité de son apparition qui date, rappelons-le, de plus de 10 ans ! Au lieu de cela, il fait l’objet d’articles plus douteux les uns que les autres, aux titres aussi évocateurs que les « dents de la rivière », le « dévoreur de bébé … ou baigneur »… Fions-nous plutôt à l’expérience et aux observations des pêcheurs.
Faux !!
Le silure n’est pas et ne sera jamais, à moins d’une mutation
profonde, un squale. Il suffit d’observer ses mâchoires qui sont
larges, certes, mais armées de dents minuscules et râpeuses pour
s’en convaincre. En
aucun cas, le silure ne peut dépecer ou découper en menus morceaux une
proie… car il n’est pas armé pour cela ! Il tue sa victime en
l’écrasant entre ses robustes mâchoires et l’avale d’un seul
coup, sans autre forme de proçès ! Les plus grosses proies
qu’il puisse capturer (et c’est exceptionnel !) sont des
ragondins. Il faut savoir que le silure est attiré par tous les bruits
incongrus qui se font entendre en surface. Ainsi, le clapotis des rames
peut l’inciter à venir observer une barque et provoquer l’effroi !
Faux !! Au contraire, il contribue à rétablir un équilibre rompu, là où le brochet ne parvient plus à réguler les populations de brèmes, gardons ou poissons-chats. Son appétit n’est pas excessif, plutôt réduit par rapport aux autres carnassiers puisqu’il cesse de s’alimenter durant tout l’hiver et pendant la période de reproduction. Il couvre ainsi le tiers de ses besoins annuels entre avril et juin, et recommence à s’alimenter fin juillet jusqu’à mi-octobre. De plus, son coefficient alimentaire n’excède pas la moyenne de n’importe quel prédateur, puisqu’il lui faut 8 à 10 kg de proies vivantes pour gagner 1 kk de poids.
- Le silure représente un atout économique certain, générateur d’un afflux de pêcheurs provenant de tous les coins de l’Hexagone et de l’étranger. Sa chair délicieuse, justifie son élevage en pisciculture. -
Il
représente aussi l’avenir de la pêche sportive dans nos eaux. -
Il
peut être introduit avec succès dans les ballastières invendengeables
envahies de poissons-chats ou de perches-soleils, ou dans les étangs
trop vaseux pour le sandre. -
Il
ne semble pas risquer de proliférer, vu son comportement casanier et
territorial, et la rapidité avec laquelle les effectifs semblent avoir
trouvé, sur la Seille, un juste équilibre.
Il
est probable que l’extension se poursuive sur tous les fleuves lents.
Quoi qu’il en soit, cette espèce fragile mais qui pourrait représenter
l’avenir de la pêche aux carnassiers dans nos eaux publiques doit être
étudiée de très près. Il paraît urgent de gérer ses populations en
tenant compte de ses particularités biologiques et écologiques, en
adoptant une réglementation qui permettra à l’espèce de supporter
une pression de pêche croissante (par l’établissement d’un bag
limit journalier, en ne conservant que les plus gros sujets au-delà de
25 kg ou par la mise en application d’une fermeture spécifique lors
de la période de reproduction). ·
Des
silures dans son étang : quelques idées d’aménagement Le silure recherche les eaux profondes, mais également la présence d’obstacles sous lesquels il peut s’abriter de la lumière durant la journée. Des souches ou des troncs d’arbres sur lesquels on cloue de vieilles poutres en bois offrent des abris de premier ordre. Dans le lac d’Ossiach, en Autriche, les pêcheurs professionnels d’antan ont immergé des pyramides de pierre de 15 m de haut pour 10 m de côté, qui comportent de nombreuses anfractuosités occupées à la base par les silures et au sommet par le poisson-fourrage ! Les secrets des emplacements étaient transmis de père en fils, puis ont été peu à peu oubliés ! |